En deux jours, deux immenses personnages français nous ont dit "au-revoir là-haut" et nous sommes bien attristés à quelques semaines de ces fêtes que l' on souhaiterait toujours joyeuses, d 'être privé de ces deux grandes figures qui ont accompagné cinquante ans de nos vies, (pour les moins jeunes d'entre nous ... Mais... quand on se remémore la vitalité, le goût de vivre et d'aimer de nos deux disparus, peut-on parler de "vieux" ???) -Je l' écrivais hier, Jean d' Ormesson vient de passer de l' immortalité à l' Eternité !
Quant à Johnny , "notre" Johnny bien de chez nous, celui qui méritait le mieux le titre d' "Idole des Jeunes" , il aura apporté de la joie à tant de générations de tous milieux sociaux ou intellectuels, il aura vécu tant de vies en une seule, que nous continuerons, j' en suis sûr, à porter en nous quelque chose de lui... Dans cet extrait d' un des premiers épisodes de  ma "SAGA", je mentionne son nom à l 'occasion de ma "première rencontre" -via un écran de télévision en noir et blanc , puis celui d'un "Scopitone" de mon quartier- , de celui dont je ne fus jamais un grand "fan" mais dont je reconnaissais l' incroyable talent, le don du renouvellement...Un vrai Phénix... Et puis, mis à par Eric Clapton (avec "Tears in Heaven), c'est le seul qui ait fait couler mes larmes avec une chanson -Tennessee- (un soir d'été à Arcachon) - J 'ai su, par plusieurs personnes qui l'ont approché comme certains de ses musiciens ou fournisseurs d' instruments, combien il était généreux et humain... Définitivement, j' aurais gardé en moi "quelque chose de Johnny" - !!!

Voici l' extrait du texte où je parle de mes premières impressions de Johnny, dans un contexte il est vrai fort douloureux...

Septembre 1961...
je ne retournerai pas au conservatoire longtemps...Nous habitons trop loin du centre-ville et les transports ne sont pas sûrs...Désormais nous limitons les voyages à un aller en famille au centre-ville et retour le soir...J'ai rangé ma clarinette dans son étui...Aurais-je le coeur d'en jouer quand la violence explose partout...Au lycée on ne parle que de cela...A la radio, idem...
Noël ,1961...notre dernier Noël avec amis et famille...Chez nos amis ( qui nous recueillerons plus tard à  Saint-Pourçain),nous regardons la télévision, et, étonnés, nous découvrons "l' idole des jeunes" en direct à la télé...je suis pas impresionné outre-mesure, mais tout de même..quelle énergie..."Laisse les filles tu as bien le temps" nous vocifère-t-il en grattant une très belle guitare "ROYAL" ..Dans la même émission, un "quatuor" de guitaristes ...(dont un batteur...donc un TRIO avec un batteur en plus)..Ce groupe nous gratifie d'un "tube" planétaire : "APACHE"...Une révélation qui scellera à jamais ma passion pour la guitare.

Printemps 1962...

Le Lycée a fermé ses portes, certains camarades de classe sont déjà partis pour la France, d'autres même en Israel... Je joue au flipper et au baby-foot au café d'en bas , en écoutant depuis le juke box "What I'd say", ou encore "Serre la main d'un grand fou", ou encore " Daniela"...le rock a débarqué et les français s'y mettent : Chats sauvages, Chaussettes Noires, Pirates, Pénitents, Anthony, etc etc...Sur l'écran du Scopitone je regarde , halluciné, la prestation de Vince Taylor dans " Shakin' all Over", mais le soir ,vers six heures, allongé entre mon lit et le mur de ma chambre ,j'écoute sur mon " HIFIVOX" -le concurrent du Teppaz-, mon cher Cliff Richard et ses Shadows, Elvis, Ray Charles, Aznavour, Johnny, les Compagnons...Je monte le son pour couvrir les rafales et les explosions parfois toutes proches...Les radios nous commentent en direct des évènements de plus en plus tragiques...Attentats, massacre rue d' Isly à Alger...Il va falloir se résigner et le 24 juin j'embarque pour un voyage que je crois être sans retour, avec ma mère (mon père est resté là bas), sur un petit cargo qui va nous emmener à Marseille...Dans mes bagages : mes précieux disques et ma clarinette...Nos amis nous attendent à Saint-Pourçain dans leur maison familiale...